Au Cameroun, l’haltérophilie est d’abord une affaire
de famille -----------------------------------------------------

Famille Matam, Sam au centre |
L’haltérophilie
et les Matam. Un mariage d’amour dont l’histoire remonte
au début des années 60. Matam N’Dicka David, alors
âgé de quatorze ans seulement, débarque fraîchement
dans la capitale, avec en poche son brevet sportif obtenu à
l’école primaire St. André de Mbanga. L’adolescent,
qui a toujours eu un faible pour les muscles, se laisse séduire
par la pratique des arts martiaux, en s’inscrivant au Club national,
derrière l’école de Messa.
|
|
Au cours d’une séance d’entraînement en judo-karaté
(dont il est ceinture noire), son gabarit de baroudeur impressionne Joseph
Pouth Pouth. Celui qui sera plus tard son entraîneur, lui conseille
alors une discipline : l’haltérophilie. Le jeune Matam laisse
parler son coeur, et noue le 3 juillet 1962 une idylle avec cette discipline
sportive, réalisant ainsi son rêve d’enfance, en l’occurrence
avoir un physique à l’image des personnages tels que Samson
ou Hercule.
La saison des amours ne tarde pas à porter ses fruits. Trois mois
après ses débuts, celui qu’on surnomme Hercule (après
avoir été appelé Miyaké, Super cuisse ou Crique)
est champion du Cameroun dans sa catégorie. Depuis lors, le jeune
premier est resté le meilleur dans les différentes catégories
qu’imposait la croissance de son organisme. En 1988, sur conseil de
ses enfants - cette fois-ci - le doyen quitte la scène, non sans
avoir émerveillé.
|
Noces d’argent----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sam à l'échauffement |
Après
plus de 25 années de pratique à un très haut
niveau, le plus célèbre des Matam tire sa révérence.
En effet, sentant ses forces diminuer, le père Matam décide
de se reconvertir dans l’encadrement et la formation. Aussi,
opte-t-il, - après avoir longtemps utilisé sa cour
comme lieu d’entraînement -, de transformer l’une
de ses maisons, en club. En 1986, il ouvre le “club Les Bulgares”.
|
|
Une autre passion naît en l’homme. Un nouvel amour ayant
pour épicentre la jeunesse. Et l’homme a le profil de l’emploi.
En effet, en 1991 à l’initiative de Patrice Thiriet, alors
Dtn et entraîneur national, Matam NdjiKam David et Wandji Pierre,
reviennent d’un stage en France ; à l’issue duquel
ils ont obtenu un diplôme d’entraîneur de premier degré.
En plus de la vulgarisation de la discipline, l’entraîneur
Matam innove en ouvrant les classes cadette et junior. Bien plus, il est
premier à ouvrir les portes du club aux femmes.
|
Fruits de la passion ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sam,championnat
d'europe 2005 |
Matam avait vu juste. Seule
la préparation à moyen et long termes de la relève,
pouvait sauver l’haltérophilie, discipline aux nombreux
préjugés au Cameroun. D’où l’acharnement
au travail, dans la stricte tradition bulgare. “La rigueur,
l’endurance et la technicité sont mon secret”.
Pour mener à bien son challenge, l’entraîneur recrute,
dans un premier moment, les jeunes du quartier “Ecole de police
- derrière la Maison du Combattant”. Quelques noms bien
connus aujourd’hui passeront par ses mains : Matou Denise, plusieurs
fois championne du Cameroun; ou encore Honoré Tekouche, l’athlète
qui confirma le talent d’entraîneur de Matam. Dans un
deuxième moment pour générer sa pépinière,
Matam prend à son compte la maxime voulant que la charité
bien ordonnée commence par soi-même. Toute sa progéniture,
filles et garçons, est ainsi initiée aux secrets de
l’haltérophilie. “Si tu étais un garçon
habitant chez lui, tu étais astreint à l’entraînement”,
se souvient Seh Matam Agnès. L’ancienne championne du
Cameroun (1989) reconnaît tout de même une exception pour
ce qui la concerne : “c’est par défi que je suis
entrée voir une compétition dominée par Matou
Denise, j’ai décidé de m’engager. Et mon
frère cadet Samson fut mon entraîneur des premiers jours”.
|
|
Comme elle, tous les rejetons
de Matam tomberont sous le charme de l’haltérophilie.
Mais, il fallait se soumettre à la rigueur du travail : “nous
avions des cahiers de jour que le père suivait quotidiennement.
Le programme de travail devait être respecté à
la lettre”, explique Seh Matam qui continue : “nous avons
travaillé le fer brut. Ce qui nous endurcissait et nous facilitait
la tâche lorsqu’il fallait travailler avec le matériel
normal. Qui, avions-nous l’impression, était plus léger”.
Et les débuts des uns et des autres ? A en croire des témoignages
concordants, les fils Matam ne travaillaient pas de la même
façon. Samson, par exemple, aimait beaucoup la technique ;
mais rechignait les mouvements de musculation. Très fort en
compétition, le Franco-camerounais, aujourd’hui sociétaire
du club de Dijon, avait des nerfs à toute épreuve.
|

Hercule à Athène |

Alphonse |
Ses illustres aînés,
Hercule I et II, tiraient quant à eux avantage de leur force
physique et de la souplesse. Mais, dit-on, ils n’ont jamais
égalé la technicité de Samson Matam. Quoi qu’il
en soit, les Matam sont aujourd’hui un label sûr. La montée
en puissance de Hercule II ou de David, doublée de la mise
en selle des jeunes N’Dicka et Kingue Matam augurent des lendemains
qui chantent pour l’haltérophilie camerounaise. Et ce,
malgré les vents contraires qui n’ont eu de cesse de
saper l’oeuvre de longue haleine d’un homme : le roi N’Dicka
Matam David, fondateur de la dynastie Hercule, champion national et
recordman toutes catégories, et, pierre angulaire de l’haltérophilie
nationale. Un palmarès de poids que nul ne pourra défier
de sitôt.
|
----------------------------------------------------------La
dynastie Matam------------------------------------------------------
| N’Dicka Matam David Hercule |
Dtn et entraîneur national d’haltérophilie
(juillet 1999) |
| Matam Alphonse (Hercule Ier) |
94 kg; Club de Blois |
| Matam Hercule II |
85 kg; Club de Besançon |
| Ndicka Matam Samson |
69 kg; Club de Dijon |
| David Matam |
62 kg; Bulgare club |
| Paul N’Dicka Matam |
56 kg; Bulgare club |
| Kingue Matam Bernardin |
56 kg; Club de Besançon |
| Seh Matam Agnès |
52 Kg; Championne du Cameroun en 1989: Bulgare club |
| Ndolo Matam Madeleine |
Professeur de sport |
|